mardi 5 août 2008

Hidden Place

Au beau milieu de la nuit, à la lueur d'une simple lampe de chevet, elle noircit une nouvelle page de son journal. Il retrouvera sa place quelques minutes plus tard dans les rayonnages de sa bibliothèque.

Secrètement, elle avait toujours espéré qu'Il le trouve.

dimanche 3 août 2008

Daily Life

Elle avait ingurgité café sur café toute la journée.

Au départ, c'était juste pour se réveiller, pour se donner l'énergie de faire quelque chose de son dimanche, ne serait-ce que les sacro-saintes corvées sans cesse repoussées au lendemain, comme le veut la tradition chez l'étudiant/chômeur moyen. Et puis le temps que la caféine agisse, il avait bien fallut s'occuper. Elle s'était administré en intra-veineuse une impressionnante quantité de films les jours passés, et l'effet lobotomisant escompté ne marchait plus aussi bien. Se noyer dans le travail semblait à présent la meilleure alternative. Concentrée, elle n'avait pas compté combien de fois elle avait "refait le niveau" dans la tasse. Depuis longtemps déjà, elle ne connaissait plus la phase de surexcitation qu'engendre la "toute première des drogues" (comme l'appelait son père). Seulement celle d'après, où l'on se rend compte qu'il est déjà trop tard, le cœur au bord des lèvres, la tête qui ne sait plus si elle fonctionne trop vite ou trop lentement, l'abattement soudain. La fatigue, l'extrême fatigue d'être soi. Et son pendant: l'impossibilité totale de s'endormir, l'oppressante impression de penser en TGV, trop vite pour réfléchir, pas assez pour oublier.

Aujourd'hui encore, le téléphone n'a pas sonné.



samedi 2 août 2008

Schism


- Parle-moi…
-
- Dis-moi quelquechose…
-
- Allez… n’importe quoi… même juste un grognement…
( Silence.)
- S’il te plaît…
-
- C’est pas comme ça qu’on va y arriver tu sais. Tu es là, à remplir l’espace de long en large comme une ombre errante aussi mutique qu’un caveau vidé de tous ses occupants. L’omniprésence de ton absence m’est insupportable. Tu t’en rends compte au moins ?! Non, évidemment que non. Ou alors tu t’en fous. Ou tu le fais exprès ? C’est ça en fait, tu le fais exprès, hein ?... Mais regarde-moi au moins !! Regarde-moi quand je te parle !
-
- Mon Dieu… Même ton regard est devenu désespérément vide. Où te caches-tu ? Je ne te vois plus à travers. Tes yeux auparavant si limpides ont pris la couleur des eaux troubles. Plus aucune fenêtre sur ta vie intérieure. Pas même un interstice. Tu ne m’as rien laissé. Muré dans ton silence, ta chair et ton sang ne sont plus qu’une forteresse hermétique. Imposante. Insultante.
-
- Pars. Sors d’ici. Mais bouge !! Tu faisais les cent pas y a deux minutes à peine, pourquoi tu restes planté là maintenant, à me fixer de ton regard sans vie ?! Je veux plus te voir tu m’entends. J’en peux plus, tu es comme une chanson-scie dans mon espace vital : en te renfermant c’est moi que tu as faite prisonnière. De ta souffrance, de ton silence, de ton absence. De cette béance qui s’est creusée en toi et où tu as choisi de disparaître… pour combien de temps encore ?!... Combien ? Dis-moi…

Dans un mouvement à la lenteur interminable il se pencha sur elle et l’enlaça tendrement. Sur sa joue, une larme unique roula.

Photo : Clarice&Simon (http://www.flickr.com/photos/clarice_e_simon)