mardi 24 juin 2008

What A Beautiful Mourning


Elle avait partagé sa vie avec un homme abîmé, l'âme en lambeaux et le cœur prêt à exploser tout à la fois de haine et d'amour. Un sale caractère que la vie n'avait pas épargné, à commencer par ce qu'elle lui avait fournit en matériel génétique: une propension naturelle à la dépression chronique. Puis les aléas géopolitique des années 40-50 : pauvreté, déracinement (d'Espagne en Algérie, puis d'Algérie en France, pieds-noirs oblige) guerre..

Ils eurent un enfant, un seul. Une fille. Dommage, il aurait voulu un fils. Heureusement, le prénom qu'ils avaient choisi convenait aux deux sexe. La pauvreté, le déracinement, la guerre, ils l'avaient vécu ensemble, évidemment. Tous les trois.

Leur fille finit par se marier, puis s'éloigna de ses parents pour son travail. De mutation en mutation. Elle eut deux enfants. Ils devinrent des grands parents heureux et attendris à en juger par les photos. Mais la distance géographique creusa au fil des années un gouffre entre les deux générations. L'incompréhension, en même temps que leurs petits enfants, grandissait. Ils devinrent des inconnus les uns pour les autres, à l'image de ces célébrités dont on connait les grandes lignes de bio grâce aux journaux, sans les connaitre réellement.

A 74 ans, le grand-père décéda, selon l'expression consacrée, "des suites d'une longue maladie". Un truc assez glauque que les médecins eux-même ne connaissaient pas. Le genre rareté médicale. Sous le drap, son tibia avait l'air d'avoir été affublé de demi balles de tennis un peu partout. Des excroissances cancéreuses probablement.

La veuve continua sa petite vie solitaire, s'obstinant à refuser toute assistance malgré sa vue plus que défaillante et la fragilité de ses os. Il fallut batailler dur pour la convaincre de prendre une aide ménagère. Puis elle finit par accepter de se rapprocher de sa fille, qui avait déjà souffert de n'avoir pas pu être plus présente pour les derniers jours de son père.

Ce rapprochement géographique tardif, malgré une vivacité d'esprit encore assez présente chez la mal voyante, n'entraina pas de rapprochement notoire entre l'aïeule et ses petits enfants. Et puis, un jour comme un autre, elle a fermé ses volets. S'est brisé le col du fémur en tombant. A fait un mini AVC pendant l'opération. Est devenue impotente et incohérente.

Elle s'est éteinte le 23 juin à 19h15, sa fille à son chevet, les yeux dans les yeux, main dans la main. Sa fille, qui la berçait de tout son amour, lui disait quelle personne intègre et courageuse elle avait toujours été.

Sa fille: ma mère.

mercredi 18 juin 2008

[ Aka ]


Je ne m’appelle pas Aka.

Des noms, on m’en a donné plein. Des noms d’état civil d’abord. Deux. Puis des petits noms, des surnoms, des noms d’emprunt, des faux noms, des noms d’oiseau...

Je ne me suis jamais reconnue dans aucun d’entre eux. J’ai toujours eu cette vague impression de n’être nulle part à ma place, pas même dans mon propre corps. A chaque nouveau nom, son nouveau masque, au point de ne plus savoir lequel était mon vrai visage. L’ai-je seulement su un jour ? « Aka », c’est le nom que je me suis choisi moi. C’est un peu mon « nom de scène », celui avec lequel j’ai décidé de mener ma vie après avoir fait table rase de mon passé, de mes parents adoptifs, de mes frères et sœurs (adoptifs eux aussi), de mes erreurs et errances de jeunesse. (...)


Photo : Clarice&Simon ( http://www.flickr.com/photos/clarice_e_simon
)

Mes occupations

Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur. Moi, non. J'aime mieux battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au porte-manteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le redécroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et je l'étouffe.
Je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon: "Mettez-moi dons un verre plus propre."

Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.

Henri Michaux, in La nuit remue, 1935


dimanche 15 juin 2008

Out of order

Tout et rien en 20 jours passés. Le toujours trop-plein de la vacuité existentielle, la course à la montre, les coups de frein devant les évènements de la vie. Les prières quand il n'y a plus que ça à faire. Et puis la fin, soudaine et inéluctable.

Mais commençons par le commencement, si tant est que ma mémoire défaillante me laisse accéder à quelques bribes de souvenirs succincts et hiérarchisés dans le temps. Et remettons les choses dans leur contexte : c'est la fin de l'année scolaire, comme beaucoup d'étudiants je suis en plein dans les rattrapages, et comme beaucoup d'étudiants encore la procrastination me poursuit. Il va sans dire que je l'accueille à bras grand ouverts. Il faut dire aussi que l'on m'avait trompée quant à ce que je pouvais espérer de mes résultats de second semestre, censés me sauver la mise à condition que ma moyenne annuelle atteigne le 10. Mais que nenni, point de compensation possible en première année de Master. Me voilà donc obligée de repasser 3 matières dont une particulièrement imbuvable sur le thème de la "productivité technique", et comportant des mots barbares tels que " phylactique" ou "orectique", mots absents de tout dictionnaire. Passons.

Du coup, pour fuir ces révisions assez infructueuses et profondément barbantes, je lis (mon premier Lovecraft,
La couleur tombée du ciel, moyennement apprécié, et mon premier Chuck Palahniuk, Monstres Invisibles, beaucoup plus stimulant, puis un deuxième Palahniuk, Choke, dont l'intro est des plus alléchantes). Je dessine aussi, en vue d'une expo collective (Dance before Dishonor, au bar Les enfants Terribles, la Rochelle) à laquelle on m'a proposé de participer et pour laquelle il faut envoyer les œuvres autour du 20, date de mon sus-mentionné examen. C'est une excuse en or pour ne pas ouvrir le classeur de cours, d'autant plus qu'un dessin me prend largement deux jours entiers ! Je me suis mise au découpage, je remplis mon appartement de piles de choses que je déplace, fouille, réorganise sans cesse...

Pendant les quelques jours de passage (5 tout de même) de mon cher et tendre, je n'ai pas eu à chercher bien loin des excuses pour ne pas travailler, trouvant toujours plus utile de faire à manger ou de sortir promener le chien en couple. Chien qui d'ailleurs, par une malheureuse conjoncture d'événements a tristement fini ses jours avant hier dans la nuit, suite à l'absorption d'un carré vip à barbecue. D'où les prières. D'où la fin inéluctable.

Mon excuse du jour, c'est que j'ai pris froid hier à une soirée barbecue, et me suis réveillée avec un violent mal de tête après avoir rêvé que j'étais dans Silent Hill avec Dita Von Teese, et qu'il me fallait affronter le boss du niveau : Mariah Carey.

De toute évidence, je suis très perturbée en ce moment.